Il est un p’tit oiseau qui dès l’aurore chante
« Donnez-moi du bon grain, oh oui ! donnez m’en plus !
Que je grandisse autant que le diplodocus
Afin de m’envoler vers d’exotiques plantes ! »
Un beau jour, un voleur, à sa voix déchirante
Fut tellement surpris que dans un gros cactus
Il butta, lançant en direction d’Uranus
Un grand cri de douleur, imprécation glaçante.
D’épines tout couvert, il faisait un fort beau
Hérisson ! Madame mangouste aux yeux pas clos
Passant là fut fort aise : « Voilà un mets bien rare ! »
Mais fuyant l’affamée, essoufflé, « Poufpoufpouf ! »
L’homme essaima son or dans un ru : il chut, « Plouf ! »
A voleur, voleteur et d’mi ! Adieu dollars !
Poésie mon amie, illumine les certitudes des hommes et les inflexions de mes paroles. Car je risque la prose même avec des balles qui traversent les phonèmes. C'est le verbe, celui qui est plus grand que ta propre taille, qui dit, qui fait et qui advient. Ici, il chancelle sous les balles. Dit par des bouches sans dents, dans les repaires et les impasses, dans les décisions de mort. Le sable bouge au fond des mers. Le liquide-fraise de la glace rend les mains poisseuses. La parole naît de la pensée, se détache des lèvres, acquiert une âme dans l'ouïe et, parfois, cette magie sonore ne jaillit pas de la bouche parce qu'elle est déglutie à sec. Triturée dans l'estomac avec du riz-haricot, la presque-parole est déféquée au lieu de parlée. La parole capote. La balle parle.
[Paulo LINS, La Cité de Dieu]
I think the only reason why that particular activity is brought to light is because this kind of people (writers) leave evidence of their struggles. Other kinds of people don't leave that evidence. Like brick layers. You really can't read the anguish of the man's life in a wall. But because of the nature of writing, the thing is made articulate.
I didn't end up as a poet. I wasn't looking for this. Poetry is not the exclusive domain of writers or of poets. And poetry is a verdict, not a choice.
[L. Cohen, interview, 1966]
vendredi
Fabulette
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AnLor
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jeudi
Le temps qui passe
Il passe le temps sans le voir
grattant sa solitude, la crasse de son pull
et les cordes vieillies d’une éternelle guitare
d’accords sans fin et sans début.
Assis au bord des squares, aux sorties de métro
ou devant les boutiques, il n'est en aucun lieu,
quand un passant le voit, c’est juste un accident,
un regard qui glisse comme glisse la pluie.
Mais le temps, qui n’est pas aveugle,
compte les rides autour de ses yeux,
les poils de sa barbe épaisse,
les verres bus et le tabac fumé.
Et le temps, qui n’est pas sourd,
compte les pas et les yeux qui se détournent,
les secondes gagnées à l’éviter,
les pièces au fond des poches.
Et comme le temps est le temps,
il allume le soleil dans le ciel
et le soleil ralentit le pas des passants
et plus le soleil brille,
et plus les passants ralentissent,
plus Django gratte la solitude de son pull
et sa guitare sans fin ni début,
et plus Django dit « Bonjour ! »
en vous regardant droit dans les yeux.
Et dans les yeux des passants
il peut enfin se voir
et dans ses yeux à lui
les passants se découvrent
et ralentissent, et disent « Bonjour ! »
Et, quand tout est arrêté
un instant de seconde,
on voit passer le temps
un sourire aux lèvres.
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AnLor
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lundi
ILlimited
J’adore sans limite
Aucune ces soirées
Où du bureau tu rentres
Heureux d’être chez nous,
Où dans tes bras me prends
En manière de je t’aime…
Tu respires en moi
Les parfums de mon jour
Quand je plonge en ton cou
Pour goûter ton labeur
Et nous nous balançons
En rythme métro_nome.
J’adore sans limite
Aucune ces soirées
Où tu t’assieds, fourbu,
Dessus la chaise noire
Pour offrir à mes fesses
Le repos de tes cuisses.
Ta main contre mes reins
Est onde de chaleur
Car je sais bien que rien
Ne pourra plus m’atteindre
Ainsi lovée au creux
De ta chaleur amie…
J’adore sans limite
Aucune ces soirées
Où nous nous retrouvons
Après que la journée
Brisa les contreforts
Qui nous tenaient dressés.
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AnLor
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mercredi
samedi
Tout ce qui est n'est pas
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(pas de perte dans la définition de l'image en plein écran !) :
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AnLor
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mercredi
Garder le calme contre la dissonance
(Épitaphe de C. Sautet, Cimetière du Montparnasse)
+
Miss.tic et Hockney
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AnLor
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samedi
Sans nom (II)
Nous nous sommes arrêtés devant l’une des portes et je suis entrée à la suite du garçon mystérieux dans un appartement.
― C’est ici que tu habites ? Ta mère n’est pas là ?
― Non, elle est encore à son travail.
― Et toi, tu n’as pas de travail à faire, pour l’école ? Pas de devoirs ?
Pas de réponse.
― Comment t’appelles-tu ?
Pas de réponse.
L’appartement, pas très grand, était assez en désordre. Des tons pêche – les coussins sur le sofa à l’occidentale – des beiges, des bruns – les voilages aux fenêtres et les meubles en bois bon marché. Sur la gauche du salon, un petit couloir devait mener aux chambres. Je m’y suis dirigée.
Une chambre d’adulte sur la droite, au lit défait, apparaissait par l’entrebâillement d’une porte. En face, une autre porte ouvrait sur une chambre d’enfant vraisemblablement.
― C’est ta chambre ?
Le garçon a fait « Oui » de la tête, mais on pouvait se demander s’il connaissait les lieux mieux que moi.
Nous sommes donc entrés dans la chambre. Etrangement, ce n’était pas le genre de chambre que j’aurais associée à un garçon, avec ses tons blancs et orangés à nouveau. En face du lit, un petit bureau blanc était encastré sous des rayonnages, blancs également. Quel souk ! Des cahiers entremêlaient leurs pages, des livres étaient posés à l’avenant. Mais au moins, dans tout ce fouillis, je trouverais bien un indice sur l’identité de mon compagnon.
Nous avons commencé à regarder dans ces cahiers, ces notes de cours aux pages couvertes d’une petite écriture adolescente, ronde et un peu irrégulière, qui aurait pu appartenir à n’importe quel collégien, à n’importe quelle collégienne. Mais je ne trouvais pas de nom.
Le garçon a enfin mis la main sur une série d’interrogations écrites.
― Voilà, c’est mon nom, m’a-t-il dit en me tendant les feuilles.
― Mais le nom est écrit en arabe !
― Oui, mais vous voyez bien que c’est moi.
Je n’étais pas convaincue pour autant et j’ai décidé d’aller demander son avis au commissaire.
J’avais besoin de connaître l’identité de ce garçon.
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AnLor
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vendredi
Sans nom (I)
C'est le propriétaire de mon premier appartement m’a accueillie avec sa gentillesse habituelle, sourire large et petite barbe noire. Son regard n’a pas perdu une once de malice sereine. Nous avons échangé toutes les nouvelles amassées au fil des mois, peut-être des années, puis il m’a proposé de rencontrer le nouveau locataire, un Français dont le camping-car garé devant la porte du jardin, au bord de l’oued à sec et toujours en friche, m’avait échappé.
L’automne était étrangement présent et, sous un ciel en drapé limaille et coton, les feuilles cuivre habillaient l’air et les marches dallées, montant toujours inégalement vers la maison, d’un aspect inconnu, inconnu et pourtant totalement familier. Le vent était doux, chargé d’atlantique, et donnait à la chaux des murs cette teinte légèrement ocre du soir. Mauves, verts profonds, orangés et argent des oliviers, touches de pinceaux aux mouvements changeants, dansants, légers.
J’étais soudain seule à l’extérieur du mur blanc entourant la maison. Le camping-car, brun et massif, était bien là mais les ânes empruntant habituellement l’oued avaient disparu, de même que son propriétaire, sans doute parti vers d’autres tâches. La porte du jardin, rectangle noir dans la chaux du haut mur, était refermée. Il n’allait pas tarder à neiger, à en croire l’étain qui tapissait maintenant le ciel.
Quelques flocons de neige se sont mêlés à la danse des feuilles roussies qui flottaient autour de moi quand soudain, par la fente de la boîte aux lettres dans la porte de fer, un fin bâton, longue tige de bambou, badine et miel, est apparu. J’en ai attrapé le bout et ai ouvert la porte du jardin, notant qu’une poignée avait enfin été posée à l’extérieur. A l’autre bout du bâton, derrière la porte, se tenait un jeune garçon, adolescent de 12 ou 13 ans, cheveux châtain aux reflets blonds, yeux noisettes et paillettes, peau claire et cependant hâlée, veloutée d’enfance.
― Que fais-tu là ? Tu n’habites pourtant pas ici ! Comment es-tu entré dans le jardin ? Tu ne sais pas que c’est dangereux d’agiter ainsi un bâton à travers la fente d’une boîte aux lettres ? Tu aurais pu blesser quelqu’un.
Le garçon, à peine plus petit que moi, ouvrit ses yeux dorés tout grand, sans doute un peu effrayé :
Et j’ai réalisé qu’il n’était pas seul. Un autre adolescent, plus grand de taille mais du même âge, plus sec, aux cheveux noirs comme ses yeux et à la peau mate, se tenait à côté de moi.
― Mais qui es-tu ? ai-je demandé au premier. Tu habites dans le quartier ? Je ne t’ai jamais vu ici.
Il avait l’air gêné, s’empêtrait dans son malaise silencieux, tentant de cacher, avec l’aide de son copain, quelque secret.
― J’habite là-bas, a-t-il fini par me répondre, pointant du doigt un groupe d’immeubles que je n’avais jamais remarqués auparavant, plus loin. Le copain ne disait toujours rien.
J’ai alors décidé de l’accompagner chez lui.
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AnLor
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